TIBET - Laurent Pierson
TIBET
Terre propice à la rencontre, carrefour commercial et culturel, le Kham ou Tibet oriental provoque le voyage et l’inattendu. De portraits singuliers en paysages saisissants, il suffit à l’itinérant d’ouvrir les yeux pour devenir lui-même le voyage. Un dedans-dehors intime et précieux accompagne alors la trajectoire et le regard du voyageur.
Autrefois rattachée au Grand Tibet, la province du Kham a été morcelée à la fin du XVIIIème siècle, puis en partie intégrée aux provinces chinoises du Sichuan et du Qinhai après l’annexion du Tibet par la Chine.
Le Kham se distingue des autres provinces tibétaines (U-Tsang et Amdo) par une géomorphologie beaucoup plus plissée. Alors que le centre du Tibet (U-Tsang) est un grand plateau d’altitude (à l’exception du sud où passe l’axial himalayen) où les pluies et la végétation sont rares, et que l’Amdo est un vaste moutonnement de collines et de chaînes de montagnes aux sommets arrondis, le Kham est un vaste dédale de vallées encaissées où déboulent des torrents furieux et se dressent des sommets aux pointes acérées qui culminent à plus de 6000 mètres d’altitude. Ce relief surprenant provoqué par la rencontre des plaques chinoises et indienne, est le dernier soubresaut de l’Himalaya. C’est dans cette région du Kham que les plus grands fleuves d’Asie prennent naissance. Avec ses vallées glacières en V et son abondance en eau, le Kham évoque nos Pyrénées ou les Alpes. Mais c’est sans compter l’obstination des chinois qui ont déjà réduit de près de moitié la couverture forestière pour l’exploitation du bois !
Le Kham a joué un rôle clé dans les relations sino-tibétaines tant d’un point de vue commercial que stratégique. Les caravanes chinoises chargées de thé quittaient les plaines du Sichuan ou du Yunnan pour traverser les massifs montagneux du Kham, puis gagner le grand plateau tibétain pour enfin rejoindre Lhassa. Ce périlleux itinéraire de plus de 2000 kilomètres passant par des cols frisant les 5000 mètres d'altitude était la principale voie de communication et axe d’échange entre les tibétains friands de thé et les chinois qui le troquaient contre du sel et des chevaux. Les routes du thé étaient aussi celles que suivaient les explorateurs ou aventuriers occidentaux car elles étaient l’unique voie sûre où l’on avait rarement à craindre l’attaque de bandits. Cette ancienne piste est aujourd’hui devenue une route en partie bitumée, construite en 1950 par la Chine communiste lorsqu’elle envahit le Tibet.
Les habitants du Kham (tout comme ceux de l’Amdo) ne se nomment pas Böpa, la désignation normale des tibétains selon le gouvernement de Lhassa, mais Khampa. Bien que fervents bouddhistes, leur rattachement spirituel à Lhassa et au Dalaï Lama est tout récent et se développa vivement à partir de l’exil de Tenzing Gyatso vers l’Inde en 1959. Autrefois volontairement indifférents ou en révolte contre l’autorité de Lhassa, les Khampas furent les premiers à prendre les armes contre l’envahisseur chinois et ceci jusque dans les années 70. Combat inégal et perdu d’avance pour certains, le mythe du cavalier Khampa sans dieu ni maître, harcelant les troupes chinoises avec la fulgurance de l’éclair, est encore très vivace dans les esprits.
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